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16 avril 2021 5 16 /04 /avril /2021 15:10

RELIGIONS

Harcelée sur les réseaux sociaux pour avoir défendu la laïcité

LAURE DAUSSY · MIS EN LIGNE LE 15 AVRIL 2021

On l’a vu, plusieurs sondages montrent que les jeunes se détournent de la laïcité. Mais nous en avons trouvé au moins une, irréductible, qui, du haut de ses 18 ans, soutient Mila avec courage, et a même créé une association pour promouvoir la laïcité. Elle subit de multiples intimidations sur les réseaux sociaux. En début de semaine, elle a même reçu une menace plus inquiétante : son adresse a été dévoilée.EXCLU WEB

Depuis qu’elle a commencé à soutenir Mila sur les réseaux sociaux, les menaces, elle y est habituée. Mais cette fois, elles ont atteint un niveau plus important. En début de semaine, le compte Twitter de Floriane Gouget a été piraté. Un internaute menaçait de dévoiler son adresse si elle n’enlevait pas la Une de Charlie avec le dessin d’Erdogan qui figurait sur son profil. Hors de question pour elle de l’enlever, et son adresse a fini par être dévoilée. Plusieurs internautes ont ensuite appelé à l’agresser physiquement. «  Ça passe de la dimension virtuelle au réel », s’inquiète-t-elle. Elle a porté plainte, une de plus parmi la trentaine qu’elle a déjà déposé depuis quelques mois. Pour autant, ces menaces ne lui font pas peur, elle se dit au contraire « encore plus déterminée ».

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Floriane est une jeune étudiante infirmière de 18 ans, qui a la laïcité chevillée au corps. Dans sa génération, ils sont peu nombreux à partager son combat. « Je me sens très isolée », dit celle qui se définit comme « athée ». « Les personnes que je côtoie ne comprennent pas toujours mon engagement. Tout ce qui est combat pour la laïcité passe pour du racisme », déplore-t-elle. « Ils parlent de vivre ensemble alors que le vivre ensemble passe par la laïcité ! »

Sa maturité sur ces sujets est à saluer« La laïcité, c’est une garantie de cohabitation entre les différentes croyances, mais aussi le droit de ne pas en avoir », explique-t-elle. Le blasphème ? « C’est un droit. Je ne suis pas tenue par les interdits d’une religion qui n’est pas la mienne. Si on est tenu par les interdits de toutes les religions, mais alors on ne fait plus rien ! » Elle ajoute : « Il faut faire une différence entre s’en prendre aux croyants, ce qui est interdit par la loi, et critiquer une religion, qui est un droit ».Elle pousse parfois très loin son militantisme, comme avec cette pétition pour interdire le voile à l’université, que même certains militants laïques n’appellent pas de leurs vœux : « Le voile est facteur de communautarisme, le porter signifie se revendiquer comme croyant avant de se revendiquer comme citoyen, comme étudiant. »

Avec ses accents très républicains, d’aucuns pourraient la classer à droite : « J’ai été élevée à l’école de la république, et j’estime que je dois beaucoup de choses à notre République. » Elle a en fait été adhérente au Parti Communiste « pendant plusieurs années ». À 13 ans, elle se rendait à la fête de l’Huma. Mais elle a quitté récemment ce parti : « Je ne m’y retrouvais plus. Le PC défend de moins en moins la laïcité ». Elle est engagée aujourd’hui auprès du parti radical de gauche (PRG) « un des rares à soutenir cette valeur- là ».

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Comment une jeune femme de 18 ans en arrive-t-elle à être militante laïque ? Son déclencheur, ce sont les attentats en janvier 2015« J’avais douze ans et demi », rappelle-t-elle. « On m’a dit qu’on avait assassiné des gens pour des dessins. Je me suis dit, comment c’est possible ? Je suis restée bloquée dessus pendant plusieurs mois, je ne comprenais pas. » Elle se plonge dans Charlie, demande à ses parents de s’abonner. «  J’ai tiré sur un fil, et tout est venu derrière : j’ai découvert ce qu’était l’islamisme, la nécessité de la laïcité… » À l’école, elle se souvient avoir abordé ces questions de liberté d’expression, mais restait sur sa faim. «  On n’aborde pas le fait que le délit de blasphème n’existe pas, par exemple. On nous parle d’une histoire de la caricature, mais on s’arrête à la caricature politique. Dans ma scolarité, je n’ai jamais vu un de mes profs afficher la Une de Cabu ».

Son engagement la conduit avec un ami, à créer à la rentrée de septembre 2020 une association pour soutenir la laïcité, intitulée « Dernier espoir ». Parmi les actions de l’association : un concours de caricatures sur la religion.

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Le soutien de Mila fait évidemment partie de leurs chevaux de bataille. Floriane et Mila sont d’ailleurs devenues amies, Mila a même été membre du conseil d’administration de l’association. La soutenir était une évidence pour Floriane. « Si au moment de publier les caricatures, il y avait eu un élan collectif de la presse française, Charlie ne se serait pas retrouvé en première ligne. Pour Mila c’est pareil, si la cause était plus commune, personne ne monterait eu créneau seul », souligne-t-elle. Quand on lui demande si elle a peur, elle répond que ce n’est pas normal de se poser la question : « Est-ce que je dois avoir peur pour défendre les valeurs de la République ? Je ne fais que ce que la loi m’autorise à faire ». 

 

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