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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 12:15

Edouard Sill

Il y a 76 ans, la barbarie nazie, ce système politique et idéologique basé sur la négation de l’humanité, était vaincue. Ce fut au prix du sacrifice de dizaines de millions de vies, résistants, combattants antifascistes et alliés.

Mai 1945, les armées soviétiques assiègent Berlin tandis qu’Adolf Hitler s’est suicidé dans son bunker, le 30 avril. À l’ouest, les alliés pénètrent en Allemagne, recevant les capitulations locales des armées nazies. La découverte de l’horreur concentrationnaire a achevé de convaincre de la nécessité d’éradiquer un système, au-delà du fait de défaire son armée. 23 h01, le 8 mai (01 h01, le 9 mai, heure de Moscou), les combats cessent à Berlin, comme partout en Europe. Les armées allemandes se rendent sans conditions aux forces alliées, anglo-américaines et soviétiques. Bien plus qu’un acte juridique mettant fin aux opérations militaires, c’est l’aboutissement d’une lutte menée par le monde pour sa propre survie, l’éradication d’un fléau mortel surgi en ­Europe vingt ans plus tôt.

 
 
 
 
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Une capitulation « sans conditions »

Pour la presse française du 8 mai 1945, c’est le jour « V », celui de la victoire, signée symboliquement à Reims la veille, une localisation due à la situation du quartier général allié. C’est en effet le 7 mai, à 2 h 41 du matin, à Reims, qu’est signé l’acte de reddition militaire. Une seconde version, similaire, est signée à Berlin-Karl­shorst, dans la nuit du 8 au 9 mai, devant les Soviétiques.

 

Le fait était assez nouveau à cette échelle. Lors de la guerre franco-prussienne de 1870, de la Première Guerre mondiale ou en juin 1940, les combats avaient été interrompus par un armistice. Lors de la conférence de Casablanca, en janvier 1943, les alliés s’étaient entendus pour repousser tout compromis avec l’ennemi, en exigeant une capitulation « sans conditions », signifiant la remise totale du vaincu entre les mains du vainqueur, sans contrepartie. Ainsi, le 4e point de l’acte signé en mai 1945 stipulait qu’il pouvait être remplacé par tout autre imposé par les Nations unies. Au-delà de l’Allemagne étaient visés un système et une idéologie.

« Donner aux pays européens des institutions démocratiques »

Car l’acte militaire qui rayait d’un trait ce Reich annoncé pour mille ans sonnait également la victoire de celles et ceux qui, depuis vingt ans, dans l’ombre des prisons italiennes ou au sommet des collines d’Espagne, avaient initié le combat antifasciste. Ce combat était devenu mondial dès 1933, et les premiers champs de bataille étaient à Vienne en 1934, à Madrid en 1936, sur l’Ebre en 1938, avant d’être portés en France l’année suivante. Ils avaient annoncé aux démocraties libérales qu’elles seraient les prochaines victimes.

Tandis que l’Allemagne nazie était à genoux et ratifiait sa défaite, 50 États coalisés se réunissaient au même moment à San Francisco pour former les Nations unies et réaffirmer la primauté des droits fondamentaux de l’homme, dans « l’égalité de droits des hommes et des femmes et des nations ». Quelques mois plus tôt, à Yalta, les alliés s’entendaient pour « effacer les derniers vestiges du nazisme et du fascisme » et permettre aux pays européens de «  se donner des institutions démocratiques de leur propre choix ». Cette intention, imparfaitement appliquée, puisait aux mêmes eaux et suivait les principes mêmes pour lesquels s’étaient levés avant le jour tant d’hommes et de femmes depuis vingt ans, réunis autour de l’antifascisme, avant de l’être en continuation dans les rangs de la Résistance et des armées alliées.

Notre hors-série exceptionnel, toujours disponible à la vente

À la faveur de multiples récits et entretiens, de photos d’époque, un numéro spécial raconte la joie de retrouver la liberté, la soif de vivre, mais aussi et surtout décrypte un monde à naître dans lequel rien ne sera plus comme avant. Extraits.

La une du hors-série de l'Humanité consacré à la victoire sur le nazisme - 8 mais 1945.

Vous pouvez vous procurer ici ce hors-série (8€ + frais de ports).

De la libération du camp d’Auschwitz qui révèle l’ampleur des crimes nazis à la capitulation sans condition, en passant par la conférence de Yalta sur les moyens d’instaurer une paix durable, la création de l’ONU, le procès de Nuremberg devant lequel 21 dignitaires nazis comparaissent pour crimes contre l’humanité, la bombe atomique sur Hiroshima, le programme du Conseil national de la Résistance… 1945 est l’année où seront jetées, sur les ruines d’une guerre dont on commence cette année-là à mesurer toute l’horreur, les bases d’un monde nouveau.

Portrait d’Ida Grinspan, réchappée du camp d’Auschwitz

À dix-sept ans, en septembre 1946, Ida Grinspan est guérie et doit rentrer à Paris. Les stigmates de la guerre ont quasiment disparu (…). « Je suis tombée de haut. Je ne pouvais pas retourner à l’école. J’avais manqué trop d’années de scolarité et je ne pouvais pas par conséquent prétendre à une bourse ou à passer les sessions de rattrapage du baccalauréat. » Elle attrape à la volée une occasion de travailler dans la couture. Il faut bien manger, « survivre » : « Matériellement, moralement aussi, c’était très dur. »

Alors vient le moment, l’envie, d’exorciser ces atrocités qui la hantent. « C’était l’euphorie, l’après-guerre. On était débarrassé de l’Occupation, donc personne n’avait envie, n’était même prêt à entendre cela. » Le monde autour d’elle lui paraît étranger.

Serge Wolikow, historien, président du conseil scientifique de la Fondation 
pour la mémoire de la déportation

« Le programme du CNR prend effectivement le contre-pied du fascisme dans la mesure où il comprend une partie explicitement consacrée à la démocratie politique, mais la part dévolue à la démocratie sociale est sans doute plus novatrice. Elle se réfère explicitement aux réformes amorcées au temps du Front populaire, mais inabouties. Dans ce sens, le programme dessine les contours d’une République dont la restauration ne devait pas se faire à l’identique de ce qu’elle était avant la guerre. Il exprime la thèse que combattre le fascisme c’est renforcer la démocratie politique en lui donnant un large contenu social en sorte que l’égalité et la liberté prennent un sens concret face aux thèses de l’inégalité et de la xénophobie qui avaient les arguments de la propagande du régime de Vichy comme des nazis. »

Juliette Gréco, chanteuse

À la libération, « on avait le sentiment que tout était à nous. Nous avions à nouveau le droit de nous exprimer, de chanter, de danser, de rire, de crier, d’écouter du jazz ! C’était interdit pendant l’Occupation. Il régnait une chape de plomb (…). Nous qui n’avions rien, on vivait dans la peur. De se faire coincer, de se faire torturer, de se faire tuer. Et soudain, ce formidable sentiment de se sentir vivre à nouveau… D’être libre ! On en a profité pleinement. C’était un bonheur indicible. La Libération, qui porte bien son nom, a été une chose extraordinaire ».

Andreï Gratchev, ancien conseiller et porte-parole 
du président Mikhaïl Gorbatchev

« Après la défaite du fascisme, les rivalités idéologiques et stratégiques sont ressorties. Car, sur le plan géostratégique, la guerre avait deux principaux vainqueurs : les États-Unis et l’URSS. La puissance, l’autorité, le statut de l’Union soviétique découlant du fait qu’elle était l’un des deux principaux vainqueurs ont été ressentis comme un danger politique par les Anglo-Saxons. La méfiance a débuté après la conférence de Potsdam et la défaite du Japon. Dès la fin de la guerre, le retour au jeu des rivalités traditionnelles entre les puissances mondiales a repris. »

Alain Ruscio, historien spécialiste de l’histoire coloniale

« C’est en Indonésie néerlandaise (août 1945) et en Indochine française (septembre 1945) que les premières proclamations d’indépendance sont jetées à la face du monde. Dans ce second pays, Hô Chi Minh accepta la négociation avec la France de la IVe République naissante (printemps-été 1946), avant de comprendre que le colonialisme voulait l’affrontement (novembre 1946). Aucune zone de l’Empire français n’est alors épargnée par la fièvre émancipatrice. »

Zeev Sternhell, historien israélien, 
professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem

« Je ne crois pas que si Israël n’avait pas été créé, le Proche-Orient serait devenu un paradis. Les tensions entre les pays arabes, entre les chiites et les sunnites – que l’Occident a l’air de découvrir aujourd’hui – existaient depuis longtemps. Les fondamentalistes aussi. J’ai toujours pensé que l’Irak aurait dû être divisé en trois parties : chiite, kurde et sunnite. Cela aurait mieux valu pour tout le monde. Mais évidemment, il y avait le pétrole. À qui le donner ? Dans toute cette géopolitique, déterminée par les puissances, Israël n’a pas changé grand-chose. »

Jean Ziegler, vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies

« Les deux hommes d’État (Roosevelt et Churchill – NDLR) signent en 1941 ce que l’on appelle la Charte atlantique. Un moment fondamental puisque cette charte est l’esquisse du futur acte de naissance des Nations unies, en juin 1945, qui regroupera alors les 43 États qui ont déclaré la guerre soit au Japon soit à l’Allemagne. La mainmise anglo-saxonne sur le monde naît à ce moment-là. Cependant, nous sommes loin des dérives atlantistes actuelles. Lorsque Roosevelt parle de cet embryon de Nations unies, il arrive avec trois idées clés qui constitueront plus tard la colonne vertébrale de l’ONU : la sécurité collective, c’est-à-dire la fin des guerres entre États, la justice sociale internationale, et les droits de l’homme. Sur ce dernier sujet, il faudra toutefois attendre l’Assemblée générale des Nations unies du 10 décembre 1948 pour que la Déclaration universelle des droits de l’homme soit entérinée. »

  Éditorial. 
Reconstruire des jours heureux par Patrick Le Hyaric
 (extrait)  

« Préserver le souvenir 
des femmes et des hommes 
qui s’attelèrent, dès 
la Libération, à construire 
une République fraternelle et sociale, c’est, en acte, prolonger l’idéal de progrès, s’engager pour la réalisation des principes de liberté, d’égalité, de fraternité 
à travers de nouvelles politiques pour l’enfance, 
la jeunesse, les travailleurs et les créateurs.
Faut-il qu’un nouveau drame survienne 
pour se rappeler que la vie humaine est inestimable, pour que l’argent, enfin, 
soit mobilisé 
dans l’intérêt général ?
Pour nous prémunir 
du retour vengeur 
des idées d’extrême droite 
et reconstruire la perspective de jours heureux, 
gardons à cœur 
la volonté de perpétuer 
le souvenir 
des horreurs de la guerre, de la Libération, de ses audaces et de ses réussites au service du bien commun. À nous de nous atteler, ensemble et dans les conditions d’aujourd’hui, 
à l’invention d’un nouveau progressisme pour 
un nouveau projet humain, social et solidaire, culturel 
et écologique, internationaliste 
et porteur de paix. »

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